Voilà quinze jours que j'ai eu ma première chimio, et que je ne suis pas venue vous donner quelques nouvelles.

Sûrement parce que tout s'est très bien passé. Infirmières radieuses, patientes et disponibles, piqûre de perfusion absolument indolore, Ipad de compét avec la 3G pour rester connectée en toute circonstance, et rapidité optimale (deux heures grand max, moi qui pensais que ça durait plutôt trois heures!)
Les effets secondaires ont eux aussi été assez minimes. J'ai eu un peu la gerboulade le soir même, ça m'a faitun peu mal à la tête, et puis c'est passé. Le lendemain, je me suis fais pleins de mini siestes, j'avais toujours un peu l'estomac au bord des lèvres, mais ça allait aussi. J'ai même pû aller chercher Thaïs à l'école.
Le surlendemain, ça a été un peu plus compliqué. Parce que j'avais la "scintigraphie osseuse". Dans les faits, ça signifie qu'on t'injecte un produit radioactif, puis on doit attendre deux heures, et ensuite on te fais passer dans un genre de scanner (ça dure une dizaine de minutes), pour voir si le produit a réagi dans ton corps au niveau de tes os et détecté quelques calcifications (débuts de tumeurs). ca fait partie du protocole.
Sauf que là tout ne se passait pas à l'hôpital de Beauregard (où je suis traitée) mais à Clairval, endroit que j'ai trouvé assez glauque, et qu'il devait faire dans les 40°c à l'ombre. La salle d'attente était bondée de vieux, et ça y est, je hais les vieux (et pas seulement parce qu'is sentent la biscotte!). L'équipe médicale avait pris plus d'une heure de retard, donc c'est pour ça que ça a été un peu compliqué. Parce qu'il était impossible de s'allonger quelque part et que j'avais des moments où j'étais vraiment au bord du coma....
J'étais prête à me plaindre, et puis je l'ai vu.....Elle devait avoir 10 ans, comme moi elle avait du ma à rester connectée, vaseuse, entourée et soutenue par ses deux parents...Et là j'ai réalisé la chance que j'avais. La chance que tout ceci m'arrive à moi et pas à une de mes filles. Parce que si je peux gérer ma propre douleur, mes propres angoisses, je ne suis pas sûre que j'aurai pû gérer l'impuissance et la peine que doit ressentir le parent d'un enfant malade.  Alors j'ai géré. Et ça s'est bien passé.

J'ai beaucoup pleuré les premiers jours où j'ai appris mon cancer, d'abord à cause du choc, de la peur, de l'angoisse.
Puis est arrivée la phase "Pourquoi moi?". C'est vrai ça, j'avais tout : une belle petite famille, un boulot passionnant, de chouettes copines, un appart, une famille présente, et puis le cancer est venu balayer d'un coup de pied toute cette joyeuse sérénité. Bien sûr ce qui m'arrive est dégueulasse. Bien sûr c'est injuste. Je me souviens d'un jour où nous étions en voiture avec mon homme, puis un mec nous a doublé et fait un genre de tête à queue, et je me souviens d'avoir fondu en larmes derrière mes lunettes de soleil en me disant "Quel connard ce mec, en plus il a même pas de cancer lui!" (alors que je n'en savais rien). 
Mais aujourd'hui ça va. Je ne sais pas si on peut vraiment parler d'acceptation de la maladie, mais je l'ai intégré. J'ai réalisé que je pouvais être forte, car le plus dur pour l'intant c'est le combat mental qu'il faut livrer chaque jour avec soi-même. Ne pas céder à la panique, ne pas imaginer le pire (tout en s'y préparant), rester forte! Et j'y arrive!
Mais c'est facile d'y arriver, car depuis la chimio et les deux jours suivants où j'ai été un peu barbouillée, plus rien. Plus d'hôpital, plus d'oncologue, plus de prises de sang, plus de rendez-vous stressants : plus rien ! Limite j'ai l'impression que c'est terminé. Alors que bien sûr ça ne fait que commencer. C'est bizarre.
J'ai toujours tous mes cheveux, pas d'effets secondaires. Je me suis même suprise à penser la dernière fois "si ça se trouve, ça n'a pas marché!" . Mais la perte des cheveux, qui devrait se passer cette semaine, sera là pour me ramener à la réalité. et peut-être que j'en ai besoin aussi de cette prise de conscience "concrète". En tous cas, j'y suis préparée.
Demain j'ai rendez-vous chez le perruquier pour me choisir une petite moumoute. J'essaie de vivre ça de manière ludique et de profiter du fait que je suis assez coquette et que j'aime bien changer de tête. Pour commencer, je pense prendre une coupe courte, brune, proche de ce que j'ai aujourd'hui, mais si l'envie m'en prend plus tard, je me dis que je prendrai bien totalement autre chose, genre blonde ou rousse, pourquoi pas? C'est l'occase de voir ce qui pourrait m'aller ou pas, après tout. Après je serai un peu comme un Playmobil dont on peut modifier la chevelure en fonction de ses humeurs! Enfin, pour l'instant j'en rigole, mais je déchanterai peut-être au moment où ça se produira, du moins le temps de m'habituer....


Donc voilà, je vais bien, et c'est sûrement pour cela que je n'ai pas donné de nouvelles avant.
J'ai repris le travail pour m'atteler aux dernières commandes pour lesquelles j'avais pris énormément de retard, toujours avec mon acolyte Léa. cela prend du temps, mais je mets un point d'honneur à tout finir avant la fin du mois.Et puis j'ai pleins d'autres projets et propositions de partenariat que je suis en train d'étudier de très près. Aujourd'hui je peux enfin prendre le temps de travailler comme il faudrait : posément et avec un minimum d'organisation. Maintenant je vais pouvoir bosser comme j'aurais rêver de le faire avant, et ça c'est très positif pour moi.

J'ai reçu énormément de messages, beaucoup de témoignages (dingue comme cette maladie touche du monde, l'oncologue m'a dit que le cancer du sein concernerait une femme sur dix, c'est énoooorme!) et je vous en remercie énormément. Je n'ai pû répondre à quasiment personne (et puis Canalblog( ou Hotmail) a bugué au bout du 300ème commentaire pour chacun des deux messages précedents, mais sâchez que j'ai tout lu avec beaucoup d'intérêt (notamment pour celles qui traversent ou ont traversé la même chose que moi). C'est pourquoi j'ai vraiment envie de continuer à mettre des mots sur ce qu'il m'arrive, parce que je suis sûre que cela pourra servir à d'autres ultérieurement.
J'ai aussi reçu énormément de conseils, mais j'avoue que là j'ai pris ce que je voulais, parce que je n'adhère pas à tout. Notamment le jeûne thérapeutique dont on arrête pas de me parler, qui me laisse très septique. Et aussi les propositions de prières de l'église évangéliste, les magnétiseurs et autres potions magiques. Je vais paraître un peu terre à terre, mais j'ai décidé de faire confiance à l'équipe médicale qui me prend en charge et qui m'a surtout conseillé de "continuer à vivre normalement". Alrs je n'ai rien changé à mes habitudes, sauf boire du thé vert, et puis je suis bien comme ça. Parait que c'est le principal.
Et puis comme tout va bien en ce moment, je n'ai pas trop envie de m'intéresser à ma maladie. Comme si ce combat n'était pas le mien. Je ne pense qu'au lendemain (comme une personne me l'a écrit dans un commentaire), et pour l'instant mes lendemains sont ensoleillés.

Il me reste une semaine avant la prochaine chimio et je compte bien en profiter. hier nous avons laissé les filles à mes parents pour quinze jours. Je n'ai jamais eu autant le cafard de devoir les laisser (car la séparation a été difficile, les filles comprennent bien que cet été sera un peu différent des autres), et pourtant j'ai bien besoin de souffler, besoin d'être un peu seule parfois.  Alors je vais bien me reposer, me chouchouter, en attendant la deuxième chimio (les 2/3 du parcours chimio!!).
Je ne pouvais pas venir ici sans vous parler de l'énorme solidarité bloguesque dont je suis la bénéficiaire en ce moment. De l'idée fofolle qu'on eu Anaïk, Palmyre et Laëtitia! Du voyage extraordinaire que vous êtes en train de m'offrir! Je ne mettrai pas de lien ici car je pense que cela serait déplacé, mais je me devais quand même de vous dire que New-York c'était un peu le rêve inaccessible pour nous. Rien que d'imaginer que mes filles vont pouvoir monter dans un avion, j'en ai les larmes aux yeux de bonheur! Mais quand même, c'était pas la peine les filles, j'étais déjà très soutenue par tous vos messages, vos encouragements, vos mots de soutiens! J'ai été stupéfaite par autant de générosité, de personnes qui ne me connaissent même, d'autres à peine, de personnes qui n'ont peut-être pas les moyens , et ça me touche énormément....Et puis l'idée de ce voyage qui se profile concrètement comme carotte pour m'aider à garder l'espoir et la force, c'est extrêmement motivant!J'ai toutes les adresses, que je conserve bien précieusement, je vous dis pas le nombre de  cartes postales que nous enverrons quand nous serons là-bas!!!!
J'ai aussi été très touchée par tous les petits présents reçus. Là j'ai honte car pour certains je n'ai pas même pas eu le temps de conserver les emballage, et du coup je n'avais pas les coordonnées pour pouvoir remercier tout le monde ! Merci pour les jolies cartes,  pour les bouquets de fleurs, les chocotoff (6 paquets pour 6 chimios!!), merci pour les plâtres à parfumer, merci pour les tablettes de chocolat, les porte-bonheur (qui m'accompagneront à toutes mes chimios), les boites de thé et j'en passe....

NY love

En un mot : MERCI !

  Et à très bientôt !! ;)