Telle est ma devise aujourd'hui. 
Piochée dans le géniallissime bouquin "Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire", de Jonas Jonasson, cette petite phrase a résonné en moi comme aucune autre depuis le début de ma maladie. Aujourd'hui je ne veux pas savoir "pourquoi?", "pourquoi moi?", je ne pas vivre avec des "et si...", avec des "j'aurais dû" ou des "j'aurais pû", non....Les choses sont ce qu'elles sont.....Et quand je frissonne en pensant à une éventuellement récidive, non....Les choses seront ce qu'elles seront....
Alors on arrête de flipper, de chouiner, de se lamenter, de s'apitoyer, de penser à son corps meurtri, à ce sein perdu, on lève la tête et on avance. En étant certaine que, bien sûr, le meilleur reste à venir!

C'est donc une femme toute neuve qui vous écrit aujourd'hui. Une femme avec des cheveux courts et frisés tous doux, avec un muscle du dos dans son sein gauche, avec plusieurs cicatrices sur le corps (les tatouages, c'est tellement 2012!), une femme avec le teint pâle et des rides naissantes, mais une femme toute neuve quand même. La vie recommence aujourd'hui.

L'opération a donc eu lieu le 29 janvier dernier. Le wee-end qui la précédait, je ne m'étais fixée qu'un seul mot ordre : détente et plaisir.
Deux de mes cousines sont venues passer ces deux jours à la maison, le samedi soir une petite fête était organisée (mon "enterrement de vie de jeune tumeur" !), puis j'ai fais le plein de câlins de mes filles avant de partir pour Montpellier, la veille de l'opération, où j'avais plusieurs examens pré-opératoires à passer. Il fallait tout d'abord détecter le ganglion sentinelle (le chef de toute la chaîne ganglionnaire, la matrice, si vous voulez) par scintigraphie (un genre de scanner). Quelques prises de sang plus tard, j'ai ainsi pû intégrer mes nouveaux appartements, à savoir une chambre avec couchette, puisqu'il faut savoir que mon homme est resté jours et nuits avec moi le temps de mon hospitalisation, ce qui était confortable à la fois pour moi, mais aussi pour l'équipe médicale puisque je bénéficiais ainsi d'une aide permanente (Big up à mon homme, donc!).
La veille de l'intervention, j'étais hyper sereine, je me suis endormie comme un bébé, chose qui ne m'arrive jamais. J'étais en fait préssée qu'on m'enlève toute cette pourriture de mon corps, pressée d'en finir.
Le lendemain à 7 heures on venait me cherchait. Je ne sais pas si mon homme a réussi à s'endormir après mon départ mais il lui a fallu attendre longtemps. Très longtemps. Presque 8 heures en tout. Parce qu'il s'agit d'une lourde opération. Que décoller un muscle avec le plus de soin possible demande beaucoup de temps et d'application. Que le faire passer sous l'aisselle et le modeler demande de la dextérité et du talent. Que faire de belles coutures est un vrai travail de minutie (je ne vous apprends rien!;)) Dans mon malheur j'ai eu une vraie grande chance : celle de pouvoir passer entre les mains de ce chirurgien pour qui j'éprouve une admiration totale. Une femme, belle et douce (Halle Berry en blouse blanche!!),très gentille et surtout une pointure dans le domaine dont l'ambition première est de rendre aux femmes qu'elle opère un corps le moins meurtri possible! Je ne suis pas sûre de pouvoir mettre son nom ici, mais si un jour vous êtes dans la même situation ou si vous connaissez quelqu'un qui l'est, sil-vous-plait demandez-moi de vous fournir ses coordonnées. Le travail qu'elle a fait sur moi est incroyable.
Tous les professionnels qui ont pû voir mon nouveau sein (la kiné, l'osthéopathe, mon médecin généraliste) m'ont tous dis qu'ils n'avaient jamais vu ça. Moi- même en surfant sur le net pour avoir une idée du résultat d'une "reconstruction immédiate", j'avais vu beaucoup d'horreurs, des seins en bouillie et striés de cicatrices. Donc je m'attendais à plus ou moins la même chose. Il n'en est rien. Mon nouveau sein est plus naturel que son voisin. Je ne pouvais pas me souhaiter meilleur résultat. Seul le mamelon manque pour le moment (il est remplacé par un bout de peau du dos pour le moment), son cas sera traité fin mai.
Question douleur, je ne peux pas vous cacher que j'ai douillé les premiers jours. Enfin pas le premier jour puisque j'étas sous morphine, ceux d'après.A cause des drains, ah la la les drains !! Parce que j'en avais 4, deux devant et deux derrière, et qu'avec ma grosse cicatrice dans le dos et mon sein qui n'était encore qu'un oedème, je ne trouvais pas de position confortable. Heureusement au bout de deux jours j'ai pû me lever, et restait le plus de temps possible debout car c'est la seule position où les drains ne me faisaient pas mal. Mais rassurez-vous, dès qu'on me les a enlevés, tout est allé pour le mieux.
Retour à la maison en douceur. Insensibilité quasi totale du côté gauche pendant plusieurs temps. Ca revient petit à petit, tout comme la mobilité de mon bras grâce à l'aide de mon kiné.
Un mois après environ j'avais quasiment tout récupéré.Bon, pour mon bras, je n'arrive pas encore à le lever tout à la verticale, on ne sait d'ailleurs pas si ça reviendra totalement, mais je gagne chaque jour des centimètres, alors je me dis qu'il n'y a pas de raisons. Les choses se feront en douceur. ou ne se feront pas...Parce qu'elles sont ce qu'elles sont et seront ce qu'elles seront. Dans tous les cas, j'ai pas prévu de faire d'escalade ces jours-ci, donc je le vis plutôt bien.
Le plus dur à présent va être de tourner la page. Cette maladie rend complètement égocentrique et nombrilliste je trouve. Je ne veux pas être comme cela. et je ne veux pas me définir juste comme la fille qui a eu un cancer. Donc pour pouvoir tourner la page il va falloir consulter un psy. Maintenant qu'on m'a nettoyé le corps, il faut nettoyer l'âme. Ce ne sera pas sans douleur non plus, mais tellement nécessaire.
Il va yavoir plusieurs voyages aussi cette année, qui ne pourront que m'aider à aller bien. Je suis tellement gâtée! 
D'ailleurs à ce propos il faut que je vous annonce quelque chose : nous ne partirons finalement pas àNew-York. Oui, c'était mon rêve , même si j'y suis déjà allée quelques jours l'été de mes 15 ans, maispeut-être pas la destination idéale pour une famille en plein été. Trop de chaleur, trop de pollution, trop de bruit peut-être.
Je suis pourtant une vraie citadine, mais une autre destination s'est très vite imposée à nous : la Réunion. Parce qu'une partie de la famille du côté de mon grand-père y vit, et surtout mon oncle et ma tante y sont installés depuis une vingtaine d'années. Les volcans, les ballades, les plages, les fruits, les tortues, la vanille....Oui, c'est la destination idéale! Et c'est vous qui nous l'avait offert! Un simple merci ne suffirait mais nous prévoyons sur place de vous faire une belle surprise!!) Sachez en tous cas que les billets sont réservés et que nous comptons les jours ! (Bon, les semaines pour le moment, c'est loooooiiiiiiin juillet !!!!).
Question travail, c'est toujours en stand-by. je vais m'y remettre par à coups, je ne veux pas crouler sous la tâche. Plaisir, plaisir et plaisir, c'est mon seul mot d'ordre! On verra plus tard pour la suite!
J'ai d'ailleurs retrouvé le plaisir de coudre juste pour moi, pour les filles, pour les copines, et quel bonheur c'est ! Tranquille, pas de pression! Celles qui sont sur Instagram sont au courant, mais il faudrait que je mette ici aussi quelques photos. Je vous prépare un billet juste avec des photos pour très bientôt (oui, je sais, la notion du "très bientôt" est très relative!), car j'ai un ordi tout neuf depuis quelques jours, et ça change la vie pour écrire sur le blog (mon ancien ordi mettait au bas mot trente minutes juste pour s'allumer, et je ne parle même pas des bugs à répétitions dès que j'essayais de décharger la disquette de mon appareil photo)...Fini aussi les bugs pour répondre aux mails je suis joignable à présent! Donc comme Canalblog ne m'envoie plus de notification dès que je reçois un commentaire, n'hésitez pas à me joindre en cliquant en haut à droite sur "contacter l'auteur".
Voilà, il semble que je sois sortie de l'horreur pour quelques temps (à 50% disons) Je suis prête à revenir avec des messages édulcorés, de Liberty et d'alpaga, prête à m'investir dans d'autres projets que ma seule santé, prête à quitter mon nombril pour aller vers les autres....